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Collection LES CAHIERS
Au plus près de nos pas
Josette Ségura

Au plus près de nos pas, Josette Ségura

   La page détaille les gestes, liste les activités, consigne les événements, conserve les émotions, les déceptions et les joies, les étreintes et les conflits. Elle enregistre quelques-uns des faits qui, menus, quotidiens, réguliers, disent en quoi consiste le métier de vivre, de survivre.

   Carnet d’esquisses verbales ? Croquis écrits ? Des dates, des lieux, des noms et des initiales, Josette Ségura saisit l’essence des choses, tout doucement, comme une caresse qu’elle nous adresserait.

 

Nous allions à Albi,

Anne-Marie faisait griller des sardines au fond du jardin,

c’était l’été, bien sûr,

ou à Veilhes, le Tarn encore,

ça sent le vin de noix, le pastis sur la terrasse,

il fait beau à jamais,

j’aimais ces peupliers qui veillent toujours.

 

À la fenêtre,

on guette la neige,

on rêve d’aller comme autrefois

à Cadouin, Monpazier,

Conques, Carennac, Autoire,

fenêtre du poème

et vraie fenêtre donnant sur un toit,

on va d’elle à la feuille

comme si on espérait trouver des miettes.

 

 

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Peut-être que Au plus près de nos pas de Josette Ségura pourrait passer inaperçu car le recueil chuchote des mots familiers, souvent doux, feutrés, qui secrètent modestie des propos, simplicité des mots, des situations décrites, une sorte de credo du quotidien sans faste, sans prétention, sans lyrisme ostentatoire. Des pas, des promenades, des conversations, des visites, des impressions frugales, légères et cependant, en filigrane, un art de vivre, un art poétique, un souffle et un désir de spiritualité.

Le recueil est accueil. C’est pour le lecteur une invite au lâcher prise, à la douceur de la confiance en l’autre comme si, devenus aveugles, nous tenions la main amie de la poète et que nous nous laissions guider dans le parcours qu’elle a choisi pour nous, parcours qu’elle aime et connaît bien ou qui même si elle en découvre une partie pour la première fois, se relie secrètement à elle par une odeur, une lumière, un charme, un « je ne sais quoi » qui lui permet de se l’approprier comme s’il devenait déjà souvenir.

Les prénoms d’inconnus qu’elle connaît, fréquente, associe à de grandes tablées festives ou plus intimes, viennent dans ses poèmes comme s’il allait de soi de les nommer pour nous qui n’avons aucune idée d’eux. Et loin de nous agacer, cette énumération singulière crée une fraîcheur narrative qui tient de l’enfance. Il n’y a que les enfants pour penser que les adultes savent forcément de qui ils parlent quand ils nomment des personnes.

C’est curieux comme le ton guide,

il y est ou il n’y est pas,

comme une voix dans la voix,

sinon tout tombe à plat,

« Il y a une petite musique,

on ne sait pas ce que c’est »

disait Gaston. (p.10)

 

Gaston, Annette, Anne-Marie, Marie-Madeleine, Bernadette lovés dans le recueil au même titre que « mon père », une jeune fille, un anonyme qui perd un peu la mémoire (Il se penche, / nous parle de la pente d’eau, / il ne sait plus où elle se trouve, / « ah ! c’est ma tête » etc.) (p.24), tous participent du poème, de son élaboration, de sa possibilité.

En les nommant, Josette Ségura les intègre à ce qui est le plus précieux : la trame de sa vie et de la poésie. Elle donne à entendre la polyphonie sacrée de l’amitié ou de l’humanité croisée au hasard des rencontres, des lieux visités (qui eux aussi sont nommés avec délectation, comme en écho aux noms des personnes : Rocamadour, Rodez, Albi, Veilhes, le Tarn, Montauban, Aveyron, le Valais, Martigny, etc.

Donner la parole à, rendre la posture ou la gestuelle de quelqu’un, faire affleurer les fantômes depuis le rêve, saisir une odeur, une sensualité de tarte ou d’œufs à la tomate, s’émerveiller du cri des premières cigales de mai, de la beauté apprivoisée d’un jour que l’on a cru simplement « banal », voilà ce que la poète fait en écrivant avec l’exigence du « ton » qui « guide », le réflexe de la rature (Tout écrire/barrer ensuite/ cette chute/ avait besoin de cette rature pour apparaître,/ tout sert, / les mots en trop, les vers loupés, très mauvais même, / met en chemin.) (p. 30), le désir, non pas d’emprisonner la vie dans un poème, mais tout au contraire lui insuffler la vie par la vie même :

On soupèse, on sent

comme un livre déjà au bout des doigts,

on a le titre mais peut-être en faudra-t-il un autre,

la neige est annoncée,

j’aurais voulu garder quelques flocons dans un poème,

comme si, notant,

je voulais faire entrer de la vie. (p. 40)

 

Les poèmes du recueil sont courts. Ils sont élagués, épurés, concentrés. Ils forment des tableaux qui concrétisent une impression, un souvenir, une couleur, une senteur, un chant d’oiseau. L’encadrement peut-être une fenêtre à travers laquelle l’on voit un paysage, on suggère une saison, mais c’est aussi la page blanche ou déjà écrite. Quelque chose que l’on peut appeler « coïncidence » entre le dehors et l’intériorité de la poète doit palpiter pour qu’il y ait éclosion poétique, naissance d’un poème.

Je gratte le givre de la vitre,

je dessine une petite fenêtre à rayures,

un jour, ces trois enfants qui rient,

ne me verront plus que comme ça,

derrière la fenêtre de la coïncidence. (p. 27)

 

Une autre coïncidence se dessine à travers le recueil et qui se susurre ou se suggère plus qu’il ne s’explicite : c’est la coïncidence entre la vie banale, légère ou grave, flâneuse, visiteuse, rêveuse et le lien ténu, peut-être espéré, peut-être ressuscité avec une certaine foi chrétienne. Et cette impression ne naît passeulement de l’attention portée aux abbayes, mais de l’irruption soudaine dans les derniers poèmes du recueil de la figure de Marie-Madeleine ou de celle de Bernadette qui ne sont plus tout à coup de simples prénoms d’amies dont on épingle un comportement, mais les contemporaines du Christ. Ainsi Josette Ségura suggère-t-elle que certains êtres vivent de façon séculaire l’expérience du temps de la vie de Jésus comme si la chronologie et le passé s’abolissaient dans la foi du présent.

[…] Marie-Madeleine se met à courir vers les apôtres,

essayant de ne pas trébucher sur les pierres du chemin

dans les parfums d’herbes du matin,

Bernadette dit des mots qu’elle ne comprend pas,

comme lorsqu’on se lance dans un poème

qui finalement en sait plus que nous,

ce qu’il cache

sautera aux yeux plus tard,

comme si souvent après coup

tout nous atteignait encore davantage. (p.43)

 

Le dessin de couverture et le frontispice de Catherine Sourdillon sertissent avec délicatesse le recueil-bijou que Josette Ségura nous livre pudiquement comme on donne un sourire :

J’aurais dû d’ailleurs leur parler,

laisser monter un sourire (p.31)

 

Mais chère poète, c’est ce que vous avez fait !

Article de Dominique Zinenberg dans Francopolis

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Dès la couverture de ce livre délicatement illustrée par Catherine Sourdillon, on sait que l’on va tomber sous le charme délicat des poèmes de Josette Ségura. Si « des images reviennent », ce sont celles d’une existence paisible peuplée de moments privilégiés dont on ne mesure l’importance que bien plus tard. Randonnées pyrénéennes, pauses dans le silence des abbayes, visites à des proches hospitalisés : ces poèmes restituent des souvenirs vivaces qui laissent entendre « le petit ruisseau de l’amitié ». On y retrouve des poètes amis comme Gaston Puel ou Anne-Marie Viala avec un rien de mélancolie. Josette Ségura ne cherche jamais à donner des leçons de vie. À son rythme, elle avance pas à pas, « même si on sait, mais on l’oublie / que tout va vite », oui, que tout va trop vite.

Georges Cathalo, Itinéraires non-balisés, Journal incertain d’un lecteur addict de poésie

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D’emblée, cet ouvrage émeut et surprend par la forme qu’y prend le discours poétique. Au rebours d’une certaine culture de l’énigme, il s’engage au témoignage direct, sur le ton de la confidence, et donc de la confiance. Le poème commence par une adresse au lecteur, par un partage de vie qui deviendra source d ‘évidence, regain de force.

L’attention aux autres est centrale : ce peut êtrer la découverte « d’une vraie compassion qui nous étonne » ou l’admiration pour l’enthousiasme d’un homme : « rien n’existe autant que sa narration, sa joie ». Mystère des gestes, des expressions, au point que certaines silhouettes semblent devenir des idéogrammes :

            « son béret/ comme un accent grave/ un oiseau/ il le soulève ».

L’auteure rend grâce pour l’émergence de l’essentiel, heureux ou douloureux. Blessures discrètement évoquées, regrets aussi, comme celui de ne pas avoir, un jour, témoigné plus de chaleur, alors que « tout espérait quelques rayons ». L’on voit se révéler la capacité à revivre des moments, à les lire vraiment :

            « belle journée/ m’en souvenant dans ma cuisine ».

Conquête de la contemplation, sur la longue durée :

            « le parler de l’hiver/ on le reconnaît/ à sa façon d’installer le silence ».

Le chemin que dessine ce recueil progresse « entre joie secrète et tristesse ». Sans tristesse, il n’y aurait pas de victoire, dont tant de signes sont épars dans le monde, comme le rouge-gorge : « on parlera toujours de feu à son sujet ». « Il fait beau à jamais », est-il écrit en souvenir d’une journée entre amis. Quelle plus belle preuve de vraie vie ?

Cet ouvrage est un hymne à l’écoute silencieuse de soi (« une voix dans la voix »), en quête de l’humain, humble et dépouillé. Ainsi l’on chemine, « au plus près de nos pas », attentifs à l’exigence de vérité, aimantés par le double lumineux de nos vies, à l’image de Marie-Madeleine, bouleversée par le matin de la Résurrection.

Gilles Ladès, Friches

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Au plus près de nos pas
Recueil

Format : 140 x 180
Poids : 120 g
54 pages • 15 euros


Frais de port :
1 euros
(France et Union Européenne)


ISBN : 979-10-90203-21-1

Parution au 4eme trimestre 2019

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